Carnets de voyage: L'Alta Via N°1: Etape 2: Rifugio Barmasse- Rifugio Cuney
yayoun

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Carnets de voyage: L'Alta Via N°1: Etape 2: Rifugio Barmasse- Rifugio Cuney

Par yayoun - 17-08-2010 18:20:42 - 5 commentaires

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, Baudelaire, Spleen

 

Etape 2: Rifugio Barmasse ( 2157m)- Rifugio Cuney (2652m), 15.4 kms, 1400+, 930-, 5h09

  •  Infos course: Rifugio Barmasse: 243.38 kms, 17383+ effectués, point d'eau.
  • Rifugio Cuney: 258.88 kms, 18743 +, point ravito.

 

       Après un solide petit déjeûner composé essentiellement de tartines de nutella, on part vers 8h dans une certaine nébulosité, je dirai même plus, un certain brouillard. On attaque par une descente assez roulante sur une piste forestière parcourue entièrement en courant jusqu'aux alpages Cortina. Là, il faut être attentif: le sentier part sur la droite mais l'indication n'est pas très claire. Il faut alors traverser des pâturages assez humides entre brouillard et éclaircies...
un bon bain de pied dès le matin, ça réveille. La remontée s'effectue dans les alpages puis dans un sous-bois où on croise, de loin, le chemin de vaches et de deux chiens que je guetterai pendant très longtemps. Je remercie d'ailleurs ici la marmotte qui s'est sacrifiée et qui les a occupées suffisamment longtemps, le museau planté dans le terrier, pour que je puisse passer en toute sécurité. Et bizarrement, j'ai avancé beaucoup plus vite, boostée par les aboiements, ce qui nous a permis d'atteindre rapidement la fenêtre d'Ersa (2290m). Nous basculons alors dans une autre vallée. La descente est assez roulante mais nous nous trompons de chemin par ma faute. Et oui, celui que j'ai choisi me paraissait bien, il m'éloignait des chiens...Le chemin se poursuit sur une route forestière en faux plat montant devenant sentier jusqu'à la bergerie Gran Raye (2352m) qui est un point de ravitaillement du Tor des Géants. Le sentier continue en crête en montant doucement, longe le lac de Tsan

à côté duquel paissent des vaches et des ânes et franchit enfin la fenêtre de Tsan (2736m). Malheureusement, le brouillard nous entoure et on ne voit pas grand chose.


 

On redescend alors légèrement vers le bivouac Reboulaz (2585m) dont il faut que je vous parle quelques instants.
         Il s'agit d'un magnifique bivouac construit par les parents d'un jeune alpiniste, Luac Reboulaz, mort en montagne en 1987 à l'âge de 17 ans. Toute sa famille et ses amis se sont unis afin d'édifier ce bivouac en son honneur. Quelle plus belle façon de rendre hommage à un alpiniste mort en pratiquant sa passion qu'en offrant un abri providentiel à tous les amoureux de la montagne...De plus, il est extrêmement bien entretenu, offrant au voyageur des cîmes trousse de secours, poêle à bois, cuisine, nourriture, lit, couverture, bref, de quoi tenir en cas de besoin...

 

Nous en profiterons avec Nico lors d'un pique nique des plus romantiques, aux chandelles, alors que dehors, il s'est mis à pleuvoir. Sincèrement, c'est l'un de mes plus beaux repas: ici, une banale tranche de jambon devient de la pata negra, un vulgaire pâté un somptueux foie gras, l'eau de source un excellent cru...c'était génial. 

 

 

     Quarante cinq minutes plus tard, la pluie s'est arrêtée et on lève le camp à regret; j'aurais bien fait une petite sieste moi. Après avoir longé le lac de Luserey, on entre dans un univers plus minéral au milieu des pierres, des blocs et des marmottes. La montée est raide jusqu'au col Terray. Nous rencontrons des chèvres qui s'approchent et sont prêtes à nous suivre. Elles semblent croisées avec des mouflons.

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Elles nous laissent passer pour attaquer la descente. Celle-ci est raide et glissante (c'est pas moi qui le dit, c'est Nico) sur une courte partie puis nous entamons ensuite une succession de montées-descentes qui cassent bien les jambes.

 

Si le sac est devenu beaucoup plus léger et supportable aujourd'hui, question d'habitude j'imagine, les jambes, elles, sont plus lourdes, d'autant plus que le dénivelé annoncé est très loin de la réalité. Nous poursuivons sur un chemin en traversée à flanc de falaise puis s'ensuit une portion de descente plus technique sur quelques dizaines mètres avant d'atteindre le dernier vallon dans lequel serpente un sympathique petit cours d'eau.

 

 cimg5011_800x600_.jpg

Nous nous faisons la réflexion que pour la course, il faudra être bien conscient et lucide car certains chemins sont un peu techniques ou en bord de falaise. En attendant, nous profitons du ruisseau pour faire un brin de toilette sommaire, tremper les pieds mais c'est tellement froid que cela fait très vite mal. On repart avec les pieds aussi légers qu'Hermès, cela tombe bien: la pluie commence à pointer le bout de ses gouttes. Heureusement, le refuge est à deux cents mètres. 

      C'est un charmant et pittoresque petit refuge accolé au sanctuaire Notre-Dame des Neiges dans lequel se tiennent encore des messes. Il s'agit des messes les plus hautes d'Europe qui sont célébrées pour demander à Marie de distribuer l'eau avec générosité en même temps que parcimonie ou en d'autres mots, de protéger les villages de la sécheresse comme des inondations. 

 

     Après avoir posé les sacs, comme il est encore tôt dans l'après-midi, on en profite pour aller faire un tour au dessus voir le lac de l'ermite. Et oui, encore une de ces petites étapes bonus comme on les aime...et hop, 100+ de plus dans l'escarcelle du dénivelé effectué. Le lac bleu glacier donne envie de plonger dedans

 

mais l'eau est...comme son qualificatif l'indique...glaciale...Le brouillard retombe et nous pousse à regagner le refuge. Ce serait vraiment bête de se paumer à cinq cents mètres du refuge. A peine sommes-nous arrivés au refuge que c'est le déluge, déluge qui continuera toute l'après midi et une bonne partie de la nuit. 

    Depuis le refuge, on regarde la pluie tombée à travers l'unique fenêtre emplie de buée en bouquinant quelques magazines de montagne qui donnent des idées de balade plus déraisonnables les unes que les autres...le tout à la lueur des frontales. Et oui, le refuge est équipé de panneaux photovoltaïques mais la production a été faible aujourd'hui en raison du mauvais temps...du coup, on économise les ressources. J'apprécie beaucoup cette philosophie de vivre plus en harmonie avec ce que la Terre nous offre, plutôt que piller tout ce qui se présente à notre cupidité. On trouve le message de la Souris avec l'autocollant Kikourou dans le livre d'or.

      Arrivent alors quatre Hollandais détrempés avec qui on discute autour d'un bon thé chaud réconfortant dans un mélange de français, anglais et italien.  Nous attendons le repas en trompant notre impatience avec des cacahuètes. La faim commence pourtant à se faire sentir. Petite parenthèse, vu ce qu'on a consommé comme fruits secs et oléagineux divers et variés durant la rando, on aurait dû se faire sponsoriser par Ben & Nuts...

       Dehors, la pluie a enfin cessé son vacarme et le soleil éclaire les ténèbres des nuages d'orage...

       Le repas arrive enfin et il est largement à la hauteur: double ration de penne, sauciesses, courgettes et pêche melba. Le gardien est très gentil, prévenant, soucieux de bien faire, mélange de timidité et de sympathie. Un thé, un peu de lecture et au lit. Demain, la journée va être longue. 

 

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5 commentaires

Commentaire de serge posté le 17-08-2010 à 20:41:37

"le dénivelé annoncé est très loin de la réalité"

18743 - 17383 = 1360m de D+
15.4 kms, 1400+, 930-

c'est 1360 qui est très loin de 1400 ou les altis indiquaient tout autre chose ?

Commentaire de yayoun posté le 17-08-2010 à 20:47:06

@ Serge: c'est le topo de l'office du tourisme de la vallée d'Aoste (le petit livret rouge envoyé par l'organisation) qui était faux: il annonçait 864+. Le nouveau livret qu'ils viennent d'imprimer annoncent lui 1023m+: il manque toujours 400m.

Commentaire de serge posté le 17-08-2010 à 21:03:18

ok compris
c'est une bonne nouvelle car l'estimateur que j'utilise indique lui 1776m de D+ donc cela sera plus facile de respecter les temps.

Commentaire de Souris posté le 18-08-2010 à 01:28:22

Oui j'avais également eu cette impression que les indications de dénivelé (Livret rouge, ancienne édition) étaient en dessous des réalités.

Au refuge Cuney, j'avais également parcouru les trés belles revues ALP et découvert notamment un article sur Walter Bonatti et son ascension du Cervin! C'est pendant ce périple que j'ai appris que Bonatti n'était pas seulement le nom d'un refuge!! Il n'est jamais trop tard pour apprendre ;-)

Sur ce tronçon, j'ai perdu un baton en passant un névé, plutot en voulant le contourner ;-( Pour faciliter la manip, j'ai du me défaire des batons mais l'un deux à glisser sous le névé (dommage...)

Commentaire de rapace74 posté le 18-08-2010 à 07:04:55

a ce rythme la ce n'est pas 24000 que nous allons avoir mais 30000 ;-)))

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